13/03/2011

Luc Tuymans à Bozar

L'exposition à Bozar est de qualité, un accrochage aéré dans de belles grandes salles. On entre dans ce parcours en se demandant pourquoi un tel intérêt pour le travail de cet artiste. Et contrairement au Wiels, ici, la rétrospective nous permet de découvrir un travail très cohérent tant dans sa continuité que dans le rapport facture et sujets abordés.... Mais pourquoi? Deux critiques permettent d'approfondir le questionnement. Guy Duplat dans La Libre , défend la qualité du travail de l'artiste. L'autre, Pierre Sterckx dans Le Soir nous le remet en perspective de l'histoire de l'art depuis la fin du XXè siècle, ce qui est peut-être l'essentiel.

"L’art de Luc Tuymans se reconnaît d’emblée, c’est la marque d’un grand artiste. Et il a développé tout le temps cet art à travers la peinture, même quand celle- ci avait été négligée dans l’art contemporain. Couleurs froides, sujets qui disparaissent ou apparaissent, toujours en équilibre entre la représentation et l’abstraction, "close-up" sur des détails. Mais, plus encore que sa marque technique, Luc Tuymans a un discours constant. Il apparaît comme un peintre historique, comme on en avait jadis, mais son sujet est l’histoire actuelle et l’histoire déconstruite (au sens de Derrida). Il se penche sur l’histoire pour la mettre en question et annoncer en même temps, la fin de l’illusion de l’histoire.

C’est très clair dans plusieurs séries : celle sur le Congo, celle sur les chambres à gaz, celle sur les nazis, celle sur les Etats-Unis de Bush. Ses tableaux semblent anodins, voire bucoliques, mais quand on comprend que ce visage est celui d’Heydrich où que ces bouts de craie dans deux mains sont ce qui reste de Lumumba plongé dans l’acide, toute la série acquiert une nouvelle vérité, dérangeante. Il prolonge le célèbre propos d’Hannah Arendt sur la banalité du mal. Et il montre que les drames historiques se soustraient toujours à la possibilité d’une représentation." Guy Duplat La libre 18/2/2001

"En 1982 (il y a 24 ans) Luc Tuymans se demande s'il ne lui faut pas abandonner la peinture. Cela faisait plus de vingt ans que Joseph Beuys ou Ad Reinhardt avaient déploré la peinture impossible, impensable..; Mais Tuymans insiste: il met tout (visages, corps, paysages, objets) dans la même lessive tiède et inachevée. Il est difficile de résister à cette homéopathie dépressive... Surtout ne pas jouir! Il faut se culpabiliser en se donnant bonne conscience: Tuymans prétend faire une peinture politique dénonçant le nazisme. Mais il ne dénonce rien du tout!... Tuymans se réfugie frileusement dans le gris d'une asthénie rétrograde. C'est vieux, c'est ennuyeux, cela ne raconte ni les faits de notre actualité, ni le "grand récit" mythologique qui a toujours nourri la grande peinture." Pierre Sterckx 2/3/2011

jusqu'en ami à Bozar

19:33 Écrit par anne dejaifve | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art contemporain |  Facebook |

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