21/12/2007

Titus-Carmel

Une soirée en avant première d'une exposition, cela se passait au théâtre-poème où était organisé une rencontre entre Lucien Massart et Titus-CarmelAinsi j'utilise les fragments, je les organise, j'accueille les bribes éparses d'un discours sans ordre et les assemble dans le projet d'une forme qui leur fera avouer du sens. Je pense ici, incidemment, à cette phrase de Novalis : " C'est sous la forme du fragment que l'incomplet apparaît encore le plus supportable ". L'incomplet, c'est la conscience du corps démembré, cet épuisant travail qu'on doit faire, sans relâche, qui sans cesse demande qu'on l'inscrive dans un récit. Car le fragment a ceci de douloureux qu'il n'est pas seulement une bribe arrachée dans le hasard du monde, il se présente à nous avec toute la mémoire de ce qui est irrémédiablement perdu à ses bords, et dont il demeure chargé. Ainsi le souvenir cuisant de ce que nous fûmes, c'est-à-dire notre propre histoire, que nous ne pouvons reconstituer que dans le remords, sûrs que nous sommes de notre foncière incomplétude. Je ne peux que rassembler les fragments d'une mémoire qui toujours plus m'échappe et se diffracte en mille éclats, et offrir à cette charpie une enveloppe où elle tentera de se trouver un sens. L'entreprise est désespérée, je sais, mais c'est bien la seule qui, à mes yeux, vaille sa peine. Aussi suis-je soucieux de la forme qui, par son autorité, prétendra à la nécessité. La nécessité : l'autre nom de la beauté.

21:07 Écrit par anne dejaifve dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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